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Une chiropraticienne autochtone nous explique comment elle construit des ponts

Author: Nicole Taylor Date: Jun 22, 2021 Blogue
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Dre Jennifer Ward, chiropraticienne autochtone

L’Association chiropratique canadienne (ACC) reconnaît et pleure les 215 enfants autochtones dont les restes ont été retrouvés dans des tombes anonymes sur l’ancien site du pensionnat indien de Kamloops. Cette tragédie donne une impulsion nouvelle à notre travail visant à créer une profession équitable tout en continuant de nous instruire, de sensibiliser les gens et d’apporter des changements qui auront un impact sur les communautés marginalisées, y compris les peuples autochtones

Le rêve de la Dre Jennifer Ward d’ouvrir une clinique chiropratique avait reçu un accueil plus que mitigé. Les institutions financières avaient rejeté son projet. On lui avait prédit qu’elle échouerait et que personne ne paierait pour recevoir ses soins. Pourquoi un tel pessimisme? La Dre Ward, chiropraticienne autochtone, souhaitait ouvrir une clinique au sein de l’une des réserves des Premières Nations.

Dix-huit ans plus tard, sa clinique de la Nation crie d’Opaskwayak, au Manitoba, est florissante. Elle reçoit des patients venant des nombreuses réserves de la région et de The Pas, la ville voisine de l’autre côté du pont, dont la communauté est majoritairement blanche. Même si le nombre de chiropraticiens qui travaillent au sein des réserves est inconnu, la Dre Ward pense être l’une des seules à y exercer. Cela relève d’un problème plus vaste qui touche la profession : nous n’avons pas d’informations sur la diversité des chiropraticiens canadiens, un point que l’ACC aborde dans son récent sondage sur la diversité, l’équité et l’inclusion en chiropratique.

« Je suis la seule praticienne qui reste dans la région et tous les patients viennent me consulter, indique la Dre Ward. J’ai le sentiment d’avoir construit un pont entre les deux communautés. Le racisme est profondément ancré ici et les tensions perdurent depuis longtemps. »

« Certains patients venant de la ville m’ont dit qu’ils ne soutiendraient jamais une entreprise “indienne”. Ils justifient leurs croyances et disent : “Vous êtes différente. Vous n’êtes pas comme les ‘Indiens’ d’ici”, dit-elle. Je leur réponds que je suis exactement comme “les Indiens d’ici”. J’ai grandi en grande partie de la même façon : dans une réserve avec les mêmes problèmes socio-économiques, j’ai été exposée au racisme durant mon enfance et j’ai subi des commentaires similaires. Je leur dis que leurs propos sont blessants, mais que je vais les soigner dans l’espoir qu’avec le temps, ils changent d’opinion à l’égard des peuples autochtones. Il a fallu des années de réconciliation, mais au fil du temps, nous avons, pour ainsi dire, construit un pont entre les deux communautés. »

La mission de la Dre Ward est d’offrir les meilleurs soins musculosquelettiques aux communautés marginalisées et mal desservies du nord du Canada, et elle collabore en ce sens avec des chercheurs de World Spine Care et de Global Spine Care Initiative. Elle a grandi au sein de la communauté de la Première Nation Mi’kmaq de Natoaganeg, au Nouveau-Brunswick, et comprend bien les défis auxquels sont confrontées les communautés autochtones, comme les mauvaises conditions de santé, les obstacles aux soins ainsi que le racisme systémique.

« Il est important que les peuples autochtones soient représentés dans le domaine de la chiropratique – avoir l’un des nôtres, que nous soyons écoutés et traités avec respect, et que nos différences culturelles soient valorisées – tout en recevant des traitements chiropratiques et d’acupuncture de qualité ainsi que des informations sur le bien-être et la nutrition en général. La Dre Ward est un modèle pour beaucoup d’entre nous, dit Cheryll Constant, l’une de ses patientes. Grâce à ses traitements, j’ai une meilleure qualité de vie et j’ai pu ainsi éviter la chirurgie et les médicaments. »

La Dre Ward n’avait jamais entendu parler de chiropratique avant de fréquenter l’université. Elle a grandi dans une réserve, et il n’y avait pas de chiropraticien dans sa communauté. Sa famille n’avait pas les moyens d’obtenir des soins en cas de douleurs. Malgré les nombreux obstacles liés au racisme systémique, comme l’absence de représentation autochtone dans les écoles et les médias, elle a atteint son objectif de devenir chiropraticienne. Mais selon elle, bénéficier d’une représentation plus tôt aurait fait une énorme différence. En 2014, la Dre Ward a été choisie comme modèle pour encourager les jeunes du Manitoba à « devenir guérisseurs » et à faire carrière dans le domaine des soins de santé. Aujourd’hui, son affiche couvre les tableaux d’affichage dans les écoles de la province.

Dre Jennifer Ward, chiropraticienne autochtone

« Savez-vous à quel point il est difficile de trouver des affiches de chiropratique avec le visage de mon peuple? demande-t-elle. Et maintenant, me voilà sur une affiche.La boucle est bouclée, c’est incroyable. J’aimerais que davantage de mes concitoyens deviennent chiropraticiens.  »

Cela dit, les progrès sont réels. Récemment, une jeune fille de 14 ans vivant à Opaskwayak est entrée dans la clinique de la Dre Ward, à la recherche d’une solution pour sa lombalgie.

« Elle m’a touchée, dit-elle. Je lui ai dit que j’étais fière d’elle et de ses amies, parce qu’elles savaient ce qu’était une chiropraticienne, et qu’elle était prête à payer pour venir se faire soigner. J’ai fini par lui offrir la consultation parce qu’elle me rappelait mes humbles débuts. Notre profession a fait beaucoup de chemin, si nous pouvons aujourd’hui affirmer que les jeunes d’une réserve située dans une région reculée du Nord sont prêts à renoncer à leur dîner pour pouvoir s’offrir un traitement. J’aimerais penser que le fait que j’exerce dans la réserve et que je participe à la communauté y a contribué. »

En tant que membre du groupe de travail sur la diversité, l’équité et l’inclusion de l’ACC, la Dre Ward espère changer les mentalités et étendre la portée de la chiropratique, en particulier pour les personnes vivant dans des régions éloignées ou sans assurance. Les peuples autochtones n’ont plus de couverture chiropratique dans le cadre des Services de santé non assurés (SSNA), un programme fédéral offrant des soins de santé aux peuples autochtones des Premières Nations et Inuits. Cette situation empêche un grand nombre d’entre eux d’accéder aux soins.

En juin 2021, la Dre Ward a été élue déléguée du conseil d’administration de l’ACC pour représenter le Manitoba – un seul chiropraticien autochtone avait été élu avant elle. Elle est convaincue qu’avec le travail continu de groupe de travail national sur la diversité, l’équité et l’inclusion, ainsi que sa représentation au conseil d’administration, des changements se produiront et les générations futures ne seront plus confrontées aux mêmes obstacles. « J’aimerais m’attaquer aux attitudes racistes systémiques, comme celles des personnes qui disaient que j’étais destinée à l’échec si je poursuivais mon rêve, dit-elle. Je souhaite dénoncer la conseillère de mon école secondaire qui a ri et m’a conseillé d’être “réaliste” quand je lui ai dit que je voulais devenir chiropraticienne. »

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