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Faire tomber les barrières: Pourquoi « une personne comme moi » peut devenir chiropraticien

Auteur: Nicole Taylor Date: Mar 19, 2021 Blogue
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Comment une chiropraticienne ouvre le dialogue sur les stéréotypes, les préjugés et la discrimination à l’égard des musulmans

En 2014, Nora Bakaa était impatiente de commencer sa formation de chiropraticienne au Canadian Memorial Chiropractic College (CMCC).

Mais le véritable point de départ de son parcours remonte aux douleurs chroniques à l’épaule qu’elle subissait à l’université. Comme elle ne trouvait aucun soulagement, ni auprès de divers spécialistes, ni à l’aide de médicaments, un ami lui a recommandé de consulter un chiropraticien. « Après un seul ajustement, les douleurs que je ressentais depuis trois ans ont disparu, raconte-t-elle. Cela m’a ouvert les yeux sur ce domaine entièrement différent de la santé et sur son approche holistique de la médecine. »

Sa formation au CMCC présentait un seul problème: les cours techniques exigeaient des étudiants qu’ils portent des shorts et des chemises avec ouverture au dos et mettaient l’accent sur le contact « peau à peau ». Nora a compris qu’elle ne pourrait pas participer à ces cours. Pourquoi? Nora est musulmane. Elle est la première étudiante du CMCC à porter un hijab, et l’école n’avait jamais envisagé que ces exigences pouvaient constituer un obstacle.

« J’ai dû parler au professeur, car je ne pouvais pas porter les vêtements demandés, explique la Dre Bakaa. Je n’étais pas à l’aise avec ces exigences et je craignais la tournure que prendrait la conversation. En fin de compte, les responsables se sont montrés très conciliants et mon expérience au CMCC a été formidable. Mais toutes ces premières étapes initiales ont été très difficiles pour moi. »

Après plusieurs conversations, les accommodements proposés comprenaient une exception à la politique exigeant des manches courtes et des shorts pour le cours technique. La Dre Bakaa espère que ses conversations permettront d’éviter ce genre de situation à l’avenir.

Dre Bakaa avec les étudiants de sa promotion du CMCC

« Dans la communauté musulmane, certaines carrières semblent inaccessibles, surtout quand on porte le hijab. La première semaine, je pensais que je ne serais pas autorisée à terminer le programme. J’avais le sentiment de ne pas être à ma place. » Elle espère que ses efforts permettront de retirer la chiropratique de la liste des carrières inaccessibles.

Quand les préjugés personnels nuisent aux soins

Aujourd’hui, la Dre Bakaa exerce à Hamilton, en Ontario, et soigne des patients de tous les horizons. Elle estime que le racisme existe, mais qu’il se manifeste généralement par des micro-agressions plutôt que par une discrimination flagrante.  

« J’ai connu des situations où des patients ont commencé à parler un anglais simplifié, explique-t-elle, en disant à quel point je parlais “bien” l’anglais ou réussissais bien pour “quelqu’un comme moi”. Je ne peux pas vous dire combien de fois j’ai dû travailler pendant le ramadan ou passer des examens pendant les fêtes musulmanes, alors qu’il serait impensable de faire un examen à Noël. »

L’un des sujets les plus difficiles à aborder est l’actualité et le sentiment anti-islam qui s’en dégage. La Dre Bakaa voit souvent ses patients discuter des nouvelles et dit que si des attaques terroristes sont perpétrées par des « musulmans », elle ressent le besoin de leur présenter des excuses, en précisant que les actions d’une seule personne ne représentent pas l’ensemble du groupe. « On me dit parfois que je fais partie des “bons musulmans”, dit-elle. C’est une pression supplémentaire, parce que je ne suis plus seulement “Nora” – je représente une race ou une culture au complet. »

Ces conversations peuvent être éprouvantes. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le traitement des patients, la Dre Bakaa explique qu’elle doit souvent justifier ses compétences et sa capacité à exercer sa profession de manière adéquate, et faire face à leurs préjugés raciaux pour ensuite les traiter. « Cela peut être épuisant. »

La Dre Bakaa cherche à s’appuyer sur ses expériences pour créer un cabinet accueillant. Elle s’efforce d’offrir de meilleurs soins aux patients qui sont confrontés à des obstacles et tisse des liens pour favoriser un dialogue ouvert. Elle connaît le stress lié à la demande d’accommodements et veille à les intégrer de manière proactive dans sa pratique afin que les patients n’aient pas à les demander. 

Dre Bakaa avec son petit frère

« Il est important de reconnaître et de comprendre les facteurs sociaux tels que la race, le genre, etc., qui jouent un rôle dans le système de santé canadien, dit-elle. Cela suppose de comprendre nos propres préjugés afin que nous puissions apprendre à changer de comportement et à fournir des soins adaptés aux différentes cultures. »

« Sans alliés, les communautés issues de la diversité continueront d’être ciblées et dénigrées, ajoute-t-elle. Le racisme systémique et l’oppression des groupes marginalisés ne peuvent être réglés par les seuls efforts de quelques défenseurs. Nous devons instaurer, dans notre environnement, une culture dans laquelle les gens agiront contre la discrimination en reconnaissant leurs privilèges personnels et en s’efforçant de changer les choses. »

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