

Pour le Dr Chuck Dauphinee, le mouvement a toujours été bien plus qu’un exercice physique. C’est un moyen de guérir, de renforcer la confiance en soi et d’aider les personnes à se sentir bien dans leur peau.
Chiropraticien exerçant à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le Dr Dauphinee propose une approche personnelle des soins de santé. C’est en génie mécanique que son parcours vers la chiropratique a débuté, son intérêt pour le mouvement, les machines et les systèmes complexes l’ayant conduit à s’intéresser au corps humain.
Cette passion a pris une dimension personnelle après une grave blessure au dos survenue lors d’une séance de musculation. Les médecins spécialistes lui ont annoncé qu’il ne pourrait plus jamais soulever de poids. Pour quelqu’un qui accordait tant d’importance au sport, à la force et à l’activité physique, le pronostic était dévastateur. Cette épreuve l’a poussé à s’orienter vers un métier de la santé qui répondrait à son envie de rester actif, de comprendre l’organisme et d’aider les autres.
Le Dr Dauphinee explique que la chiropratique a changé sa vie et que, grâce aux traitements, il a pu retourner au gym, recommencer à soulever des poids et retrouver sa confiance dans ses capacités physiques. Aujourd’hui, il reste actif dans le domaine du sport en tant qu’athlète, professionnel de la santé et rassembleur.
Le Dr Chuck Dauphinee a reçu en 2026 le prix Service public avec distinction, qui récompense un chiropraticien qui s’est distingué par son engagement à faire progresser la profession et à promouvoir la santé musculosquelettique des Canadiens, que ce soit par sa contribution à la communauté, son service public ou son leadership en matière de défense des intérêts de la profession.
En tant que membre ouvertement assumé de la communauté 2ELGBTQIA+, le Dr Dauphinee est un exemple de résilience et d’authenticité qui démontre l’importance de créer des espaces où chaque personne se sent à sa place.
En Nouvelle-Écosse où il a grandi, le hockey était omniprésent. À l’instar de nombreux enfants de la province, il s’est initié à ce sport dès son plus jeune âge, ce qu’il décrit comme étant « presque un rite de passage ici, en Nouvelle-Écosse ».
Or, même à cinq ans, il sentait bien que quelque chose le rendait mal à l’aise dans cet environnement. Il aimait bouger et être actif, mais le style d’entraînement, les attentes et l’ambiance dans les vestiaires l’empêchaient de se sentir bien et d’être lui-même. Ses parents ont continué de l’encourager à essayer différentes activités, et il a fini par découvrir le gym, où il a pu développer sa force et sa confiance en lui selon ses propres règles.


À l’âge adulte, le Dr Dauphinee a ressenti l’envie de retourner sur la glace. Il a essayé plusieurs ligues, dans l’espoir que l’expérience soit différente, mais il avait toujours du mal à trouver des espaces où il se sentirait à l’aise. C’est alors qu’il a décidé d’en créer un lui-même.
Il a commencé à petite échelle, en contactant des entraîneurs qu’il connaissait grâce à sa pratique de chiropraticien, en invitant des athlètes qu’il avait accompagnés au fil des ans, en sollicitant des amis et en publiant des messages sur les réseaux sociaux. Peu à peu, les gens ont commencé à se manifester.
Ce qui avait débuté comme une simple initiative visant à créer une équipe de hockey a pris une dimension bien plus importante. Le Dr Dauphinee n’était pas seulement en train de mettre en place une équipe ou un programme; il réapprenait lui-même ce sport, avec désormais le regard d’un chiropraticien, d’un athlète, d’une personne ouvertement queer et de quelqu’un de profondément déterminé à créer un espace plus sûr.


« Voir ces athlètes grandir et trouver leur voie a été une expérience riche en émotions, raconte-t-il. En tant qu’athlète, je progressais et prenais confiance en moi, je vivais la même chose que les autres personnes participantes. J’organisais le programme de hockey, mais en même temps, je participais aux entraînements et j’apprenais moi aussi. »
Son travail de chiropraticien a contribué à façonner sa conception du renforcement de l’esprit d’équipe. Son expérience dans les coulisses du monde sportif lui avait appris comment les programmes se mettent en place, comment les athlètes prennent confiance en eux et comment l’environnement peut soit les soutenir, soit les freiner. Maintenant, grâce à ce groupe de hockey, il voyait également les membres de sa propre communauté s’épanouir.
« Ma trajectoire comme chiropraticien m’a aidé à comprendre comment constituer une équipe et mettre en œuvre un programme, explique-t-il. Mais en prime, j’ai pu voir ma communauté s’épanouir. Se lancer dans le sport peut changer une vie et peut contribuer à faire de vous un leader. »


À mesure que le groupe évoluait, il a commencé à attirer des personnes aux identités, aux parcours et aux cultures très variés. Beaucoup étaient attirées non seulement par la possibilité de jouer, mais aussi par l’environnement que l’on avait à cœur de créer.
« Nos membres se sentent en sécurité, indique le Dr Dauphinee. Nous ne faisons aucune discrimination. Nous prenons en compte les pronoms, le genre et l’orientation sexuelle, et nous parvenons ainsi à rallier davantage de personnes alliées dans le monde du sport. Ainsi, non seulement nous contribuons à faire grandir la communauté queer, mais nous renforçons également les liens avec nos alliés hétérosexuels. »
Pour le Dr Dauphinee, l’inclusion dans le sport ne se résume pas à la simple participation. Il s’agit de développer un sentiment d’appartenance et une volonté de faire évoluer la culture d’espaces qui, historiquement, ont donné à certaines personnes le sentiment de ne pas être les bienvenues ou de ne pas être en sécurité.


Il voit des parallèles évidents entre l’inclusion dans le sport et l’inclusion dans le secteur de la santé. Dans ces deux domaines, explique-t-il, il est important d’apprendre à connaître la personne, les pronoms ont leur importance, et les signes visibles d’accueil sont essentiels. Un drapeau arc-en-ciel dans un aréna ou une clinique peut sembler anodin pour certaines personnes, mais pour d’autres, il peut transformer l’atmosphère d’un lieu. Il peut leur faire comprendre qu’elles ne sont pas seules et qu’elles ont le droit d’être elles-mêmes.
« Quand les personnes se sentent en sécurité, elles répondent mieux à l’entraînement, dit-il. Elles s’ouvrent davantage et la communication s’en trouve améliorée. »
Il en va de même dans le domaine de la santé. Les patients doivent se sentir suffisamment en confiance pour parler de qui ils sont, de ce qu’ils vivent et de ce dont ils ont besoin. Ainsi, les professionnels de la santé peuvent mieux les comprendre, non pas simplement comme un corps ou une blessure, mais comme une personne à part entière.
« Quand je vois ces jeunes personnes libres d’être elles-mêmes, alors qu’à mon époque je cachais mon orientation sexuelle, je suis prêt à tout pour les aider. L’objectif est de les amener à pratiquer un sport afin de les aider à s’épanouir davantage en tant que leaders et à mieux se connaître. »


Pour le Dr Dauphinee, le mouvement est étroitement lié à la santé mentale, à la confiance en soi et au sentiment d’appartenance. Le sport peut offrir aux gens une autre façon de communiquer, de tisser des liens, de trouver leur place et de développer une meilleure image personnelle.
« Dès lors que les gens trouvent une activité qui les intéresse, qu’il s’agisse d’un loisir ou, mieux encore, d’un sport, le mouvement a un effet bénéfique sur leur santé mentale, dit-il. C’est une autre façon de communiquer, de nouer des amitiés et de trouver sa place. »
La chiropratique a aidé le Dr Dauphinee à retrouver le courage de se remettre à une activité qui lui faisait autrefois peur. Aujourd’hui, grâce à son engagement dans le domaine de la santé et du sport inclusif, il aide d’autres personnes à faire de même.